J'ai fait un article sur Michel-Ange mais il fallait que j'en consacre un entièrement à son oeuvre majeure: La voûte de la chapelle Sixtine au Vatican.
(clin d'oeil à Audrey Enocq, auteur de cette étude très complète)

LA CHAPELLE SIXTINE
‘’Les fresques que nous contemplons ici nous introduisent dans le monde de la Révélation, nous parlant ici et là des vérités de notre foi. Le génie humain y a puisé son inspiration pour les revêtir de formes d'une beauté incomparable". Par ces mots prononcés durant l’Homélie (Sermon, instruction, commentaires sur des textes religieux ; discours ennuyeux, plein d'affectation moralisante ou doctrinale) de la Messe célébrée le 8 avril 1994, à la fin des travaux de restauration du Jugement Dernier, le pape Jean-Paul II a souligné la sacralité du lieu où les fresques, telles les images d'un livre, rendent plus compréhensibles les vérités exprimées dans les Saintes Ecritures.
La Chapelle Sixtine prend son nom du Pape Sixte IV della Rovere (pape de 1471 à 1484) qui fit restaurer l'ancienne Cappella Magna entre 1477 et 1480. La décoration des parois remonte au XVe siècle et comprend: les tentures en trompe l'œil, les Histoires de Moïse (parois sud et entrée) et du Christ (parois nord et entrée) et les portraits des Papes (parois nord, sud et entrée). Sa réalisation fut confiée au départ à une équipe de peintres tels que Pietro Perugino, Sandro Botticelli, Domenico Ghirlandaio, Cosimo Rosselli, soutenus par leurs ateliers respectifs et par leurs plus proches collaborateurs dont Biagio di Antonio, Bartolomeo della Gatta et Luca Signorelli. Pier Matteo d’Amelia a peint un ciel étoilé sur la voûte. Les fresques furent réalisées de 1481 à 1482. Le 15 août 1483 Sixte IV consacra la nouvelle chapelle et la dédia à Notre-Dame de l'Assomption. Jules II della Rovere (pape de 1503 à 1513), neveu de Sixte IV, décida de modifier en partie la décoration. En 1508, il confia les travaux à Michel-Ange Buonarroti qui exécuta la voûte et les lunettes en haut des murs. Les travaux furent terminés en octobre 1512 et Jules II inaugura la Chapelle Sixtine le jour de la Toussaint (le 1er novembre) par une messe solennelle. Les neuf scènes centrales représentent des épisodes de la Genèse, de la Création à la Chute de l'homme, avec le Déluge et la renaissance de l'humanité par la famille de Noé.
Dans les espaces entre les voûtains, cinq Sibylles et sept Prophètes sont assis sur des trônes monumentaux. Dans les pendentifs des quatre angles nous trouvons les Secours miraculeux de Israël tandis que les voûtains et les lunettes (parois nord, sud et entrée) accueillent les Ancêtres du Christ. Vers la fin de l'année 1533 Clément VII de Médicis (pape de 1523 à 1534) demanda à Michel-Ange de modifier ultérieurement la décoration de la Chapelle Sixtine en peignant le Jugement Dernier sur le mur du fond de l'autel. Ceci entraîna la perte des fresques du XVe siècle, c'est-à-dire du retable de Notre-Dame de l'Assomption parmi les Apôtres et les deux premiers épisodes des Histoires de Moïse et du Christ, peints par le Pérugin. Sur cette fresque, Michel-Ange a voulu représenter le retour glorieux du Christ en s’inspirant des textes du Nouveau Testament. L'artiste débute cette œuvre grandiose en 1536 sous le pontificat de Paul III. Il l’achèvera en automne 1541. Michel-Ange se sert de son extraordinaire talent artistique pour traduire en formes visibles l'invisible beauté et majesté de Dieu. Guidé par les paroles de la Genèse, il a fait de la Chapelle Sixtine "le sanctuaire de la théologie du corps humain". (Homélie prononcée par Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II le 8 avril 1994). Les fresques du mur d’entrée ont été refaites pendant la deuxième moitié du XVIe siècle. Hendrik van den Broeck a repeint la Résurrection du Christ de Ghirlandaio et Matteo da Lecce le Différent sur le corps de Moïse de Signorelli, gravement endommagées par l'écroulement de la porte en 1522. Les fresques de la Chapelle Sixtine ont été entièrement restaurées entre 1979 et 1999. La Chapelle accueille le Conclave lors des élections papales. Dans son Homélie sa Sainteté le Pape Jean-Paul II souligne l'importance de la Chapelle Sixtine dans la vie de l'Eglise : "La Chapelle Sixtine est pour chaque Pape, le lieu qui garde la mémoire d'un jour particulier de sa vie… C'est précisément ici, dans ce lieu sacré, que les Cardinaux se recueillent en attendant la manifestation de la volonté du Christ quant à la personne appelée à être le Successeur de Saint Pierre. [...] C'est ici que par esprit d'obéissance au Christ et en me confiant à sa Mère, j'ai accepté l'élection du Conclave, en déclarant [...] ma disponibilité à servir l'Eglise. Encore une fois, la Chapelle Sixtine, devant toute la Communauté catholique, est devenue le lieu de l'action de l'Esprit Saint qui constitue les Evêques en l'Eglise et de façon particulière celui appelé à devenir Evêque de Rome et Successeur de Pierre."
Voûtains
Les huit cantons de voûte dans lesquels sont représentés des groupes de personnages, achèvent la série des Ancêtres du Christ des lunettes sous-jacentes.
1 : voûtain de la lunette Josias, Jechonias, Salathiel
2 : voûtain de la lunette Ezéchias, Manassé, Amon
3 : voûtain de la lunette Asa, Josaphat, Joram
4 : voûtain de la lunette Jessé, David, Salomon
5 : voûtain de la lunette Zorobabel, Abiud, Elyaquim
6 : voûtain de la lunette Ozias, Yotam, Achaz
7 : voûtain de la lunette Roboam, Abiyya
8 : voûtain de la lunette Salma, Booz, Obed
Les pendentifs
Les grands pendentifs aux quatre coins de la voûte narrent quatre épisodes du salut miraculeux du peuple d'Israël. On peut les interpréter comme des préfigurations du Messie car ils témoignent de la présence constante de Dieu dans la vie de son peuple et du renouvellement perpétuel de la promesse de la Rédemption. Ils constituent donc le trait d'union entre les épisodes de la voûte et ceux des murs.
1 Judith et Holopherne
<Judith fut laissée seule dans la tente avec Holopherne effondré sur son lit, noyé dans le vin. Elle s'avança alors vers la traverse du lit proche de la tête de Holopherne, en détacha son cimeterre, puis s'approchant de la couche elle saisit la chevelure de l'homme et dit : "Rends-moi forte en ce jour, Seigneur, Dieu d'Israël !". Par deux fois elle le frappa au cou, de toute sa force, et détacha sa tête... Peu après elle sortit et donna la tête d'Holopherne à sa servante.
L'Ancien Testament relate l'épisode de Judith sauvant sa ville de Béthulie du siège de Holopherne, le général du roi assyrien Nabuchodonosor. Elle décapita Holopherne après un banquet où il s'était enivré puis porta sa tête à ses concitoyens. Trois scènes viennent illustrer cet épisode : à gauche les gardes endormis ; au centre Judith et sa servante en train de couvrir d'un linge la tête d'Holopherne, dont les traits rappellent ceux de Michel-Ange ; à droite le corps mutilé d'Holopherne.
2 David et Goliath
. Les deux champions, Goliath et David
La guerre et le défi
Les Philistins envahissent le pays de Juda, Israël se prépare à la défense. Mais le combat ne s’engage pas puisque les Philistins prennent l’initiative de déléguer un champion pour provoquer un duel. Sûrs de leur supériorité, ils «prennent le risque» de laisser une chance à l’ennemi.
Présentation de Goliath
Aspect extérieur : supérieur à deux mètres, c’est un homme de guerre suréquipé, tant pour la défense (casque, cuirasse, jambières, bouclier avec son porteur) que pour l’attaque (javelot de bronze et lance avec sa pointe de fer sans compter l’épée). Le poids de ses armes est énorme, à l’image de sa stature.
D’après Goliath, les relations entre humains semblent se réduire à un seul modèle: il y a des maîtres et des esclaves, et les plus forts imposent leur maîtrise. Ce géant se présente comme invincible et c’est bien pour cela qu’il propose le duel. Israël n’a pas le choix. Si un soldat affronte Goliath, il court à l’échec et entraînera Israël dans sa chute. Mais si personne n’ose relever le défi, c’est que la peur est la plus forte, et, dans ce cas, Israël sera une proie facile pour l’ennemi.
Présentation de David
On quitte le champ de bataille et les Israélites paralysés par la peur pour rejoindre David avec le troupeau à Bethléem. Contrairement à ses frères, ce n’est pas un soldat. Il est berger au service d’un troupeau qui appartient à son père, Jessé, et dont il prend soin. Jessé ignore tout du drame qui se déroule au front et envoie son fils David amener de la nourriture à ses frères sur le champ de bataille. La visite de David apparaît bien dérisoire dans un moment où la logique guerrière ne donne d’autre issue que la fin d’Israël et son esclavage.
. Le guerrier et le pasteur
L’opposition Goliath-David n’est pas celle du grand contre le petit, mais plutôt celle du guerrier contre le berger. Le berger est celui qui prend en charge les bêtes en exerçant sur elles une certaine maîtrise pour leur bien et de manière substantiellement pacifique ou non-violente. Il se met au service de ses bêtes et de leur bien-être, et, en retour, le troupeau lui fournit de quoi vivre. Dans cette relation, le bien de l’un rejoint le bien de l’autre - logique d’alliance.
Au contraire, le chasseur prouve sa supériorité et sa maîtrise sur l’animal en le mangeant après l’avoir tué. Le bien de l’un implique du mal pour l’autre, et la relation est à sens unique - logique d’envie, de convoitise, de concurrence.
Quant au guerrier, sa figure est une variante de celle du chasseur puisque c’est un homme qui fait la chasse à l’homme. Sa logique est identique à celle du chasseur : violence, loi du plus fort, désir d’éliminer le rival, de le mettre à son service. C’est bien là la logique de Goliath. Saül et Israël sont paralysés car ils se situent dans la logique du guerrier.
. Le pâtre David face à la peur des soldats
Face à l’effroi des soldats et à la crainte du roi, David se sent sûr de lui. Il n’a pas peur. La vue de Goliath fait fuir toute l’armée. Tandis que les autres ne cherchent à s’imposer que sur le plan militaire et constatent que cela leur est impossible, David est le premier à trouver des mots pour décrire la situation telle qu’elle est : un déshonneur pour Israël. Goliath est un incirconcis qui a osé défier le Dieu vivant, la situation concerne donc Dieu lui-même et n’est pas sans issue.
. David face au roi
Saül tente de freiner l’ardeur de David, avec la logique du guerrier qui pense en termes de rapports de force. Mais cette logique n’est pas celle de David : il est berger et, comme il a défendu les bêtes contre les fauves, il défendra le troupeau du Dieu vivant contre la férocité bestiale de Goliath. David ajoute que ses exploits de berger intrépide ne sont pas à rapporter à ses mérites ou à sa bravoure.
. L'armure de Saül
Lorsque Saül revêt David de ses armures de guerrier, David ne peut plus bouger. Il est paralysé tout comme les autres soldats. Dans une logique de guerrier, David n’est pas à la hauteur. De plus en donnant son uniforme à David, Saül reconnaît implicitement qu’il lui cède sa place. Comme si Saül, guerrier, reconnaissait son incapacité à être roi et laissait sa place au pasteur. C’est donc bien en pasteur que David court affronter Goliath.
. Le duel des champions
Au mépris et à l’arrogance du guerrier dont la confiance en lui semble inébranlable, répondent la liberté et l’audace du jeune berger qui met sa confiance en un Dieu qui l’a libéré des griffes d’autres fauves. Quant au récit de l’affrontement, il est d’une rapidité surprenante. A peine le guerrier s’est-il ébranlé comme un char d’assaut pour tout écraser sur son passage, qu’il se retrouve à terre, écrasé par sa propre masse autant que par le caillou ajusté par David. Le duel s’achève avant d’avoir commencé.
Derrière les armes plus rudimentaires de David, il y a, dit-il, «le Nom du Seigneur, du Dieu d’Israël» que Goliath a défié. Telle est en effet l’arme de David : la confiance en celui qui libère son peuple de l’oppression, de la mort et de l’esclavage. Dans les propos méprisants qu’il tient devant son adversaire, Goliath maudit David par ses dieux. Par delà les dieux des Philistins, ceux de Goliath sont en réalité la force, la suffisance, la soif de pouvoir et de gloire. A ces dieux, David oppose le Seigneur. De lui, il affirme que l’issue du combat lui appartient. Ainsi la justice triomphe de la force, la générosité l’emporte sur la volonté de puissance, la droiture vient à bout de l’arrogance et l’humilité est plus forte que la gloire.
. Le roi, image d’un Dieu pasteur et libérateur
David exprime la visée essentielle de son action : «Et tout le pays saura qu’il y a un Dieu en Israël». Pasteur victorieux du guerrier, David se montre digne d’être roi, non seulement parce qu’il a défendu efficacement le peuple contre son agresseur, mais aussi parce qu’il a permis à Dieu de révéler qu’il vit en libérateur au milieu de son peuple.
3 Punition de Aman
L'épisode se situe après la destruction du premier temple de Jérusalem. Alors qu'une grande partie de la population juive est exilée d'Israël à Babylone. Assuérus (Xerxès I) frère de Nabuchodonosor régnait de l'Inde à l'Ethiopie. Il, décide alors d'offrir un banquet à tous les habitants de Suze capital de la Perse, après l'avoir déjà fait pendant 180 jours pour l'ensemble du royaume. C'est l'occasion pour lui de procéder à l'étalement de ses richesses. Pour couronner le tout, il convoque la Reine Vashti, réputée en Perse, pour l'exposer à ses convives. Celle-ci s'oppose. Ce comportement semble tellement déshonorant pour le roi, qu'il la répudie et la fait remplacer par Esther. Mardochée oncle d'Esther, se rendait souvent au palais pour lui rendre visite. C'est ainsi qu'un jour, il surprend deux gardes entrain de préparer un complot contre le roi. Il en informe Assuérus par le biais de sa nièce, ce qui lui vaut d'être mentionné dans le livre des mémoires du roi. Une nuit, alors qu'Assuérus ne trouvait pas son sommeil, demande que la lecture de ses mémoires lui soit faite, et tombe sur le récit de Mardochée. Il fait convoqué Aman son ministre, et lui demande conseil sur la récompense à accorder dans une pareil situation. Aman pensant qu'il s'agissait de lui, recommande de prendre la personne concernée, de la vêtir des habits royaux et de la promener dans toute la ville sur un cheval. Il en fut ainsi Assuérus demande à Aman d'en faire autant à Mardochée. Cela n'a fait qu'accroître la haine d'Aman envers les juifs. A la suite de cela, il fait décréter l'annihilation de tous les juifs apposée du sceau royal. Esther va révéler à Assuérus lors d'un festin, qu'elle va organiser, qu'elle est de confession juive et la menace plane sur elle et son peuple. Pris de confusion, le roi quitte la salle. Aman implore la pitié d'Esther en s'agenouillant face elle. Assuérus entre de nouveau dans la salle et pense que celui-ci est entrain de courtiser la reine. La colère s'empare de lui et demande à ses gardes que Aman et ses enfants soient pendus.
Dans la Chapelle Sixtine, le châtiment d’Aman, tiré du livre d’Esther, est relaté en trois épisodes séparés les uns des autres. La reine Esther, une juive, avait fait preuve d’un extraordinaire courage en attirant l’attention d’ Artaxerxès (premier fils et successeur de Xerxès Ier) sur un pogrom que préparait Aman. Derrière à gauche se déroule l’événement le plus souvent représenté, avec Esther dénonçant Aman à Artaxerxès. A droite, le gredin, vêtu de jaune, quitte les appartements royaux pour aller quérir des vêtements destinés au juif Mardochée, assis près de la porte.
4 Serpent de bronze
Le livre des Nombres raconte qu'à la fin de son exode vers la terre promise, le peuple juif a traversé une région infestée de serpents venimeux, et qu'un grand nombre de gens ont été mordus et sont morts. Moïse alors intercéda pour le peuple, et le Seigneur lui fit cette réponse : "Façonne l'image d'un serpent, et fixe-la en haut d'une perche. Quiconque aura été mordu et regardera vers cette image sera sauvé". Moïse façonna donc une sculpture de serpent en bronze, et la fixa en haut d'une perche ; et lorsqu'un serpent mordait un homme, celui-ci regardait vers le serpent de bronze, et - nous dit le texte - il avait la vie sauve.
On aperçoit le serpent d’airain, ou serpent de bronze, au centre du pendentif. Il est enroulé autour d’un piquet. La scène se décompose en trois représentations. La première est la vision à l’arrière plan de ce serpent qui apparaît en élévation, la seconde représente les personnages de gauche désirant être sauvés par la vue du serpent. La troisième montre les personnages, de droite, qui sont affolés, apeurés.
On peut voir une femme assise sur le sol et une autre la soutenant et tendant son bras mordu vers le serpent en signe de délivrance. Son visage est suppliant. Cette image montre la puissance de la foi. On aperçoit également un homme en haut et à droite de la lunette. Son visage est défiguré par la peur. Sa bouche est ouverte, il semble hurler. La terreur émerge de ses yeux.
Ainsi apparaît la puissance du serpent du fait qu’il est capable de diviser le peuple juif en deux camps : l’un ayant confiance en la parole du seigneur et de Moïse, l’autre étant submergé par la peur qui est la plus terrible des passions parce qu’elle fait ses premiers effets contre la raison ; elle paralyse le cœur et l’esprit’ ( Rivarol )
Sibylles et prophètes
Prophètes et Sibylles s'alternent sur les longs côtés, assis sur des trônes. Deux silhouettes ressortent sur les côtés plus courts: Zacharie et au-dessus de l'autel, Jonas qui occupe une position centrale car il préfigure le Christ. Les noms des Voyants sont précisés dans la plaque sous-jacente. Ils furent les premiers à pressentir la venue du Rédempteur. Les Prophètes et Sibylles témoignent que l'humanité attend continuellement la Rédemption. En effet les premiers annoncèrent la venue du Christ au peuple d'Israël et les deuxièmes, bien qu'appartenant au monde païen, sont ici représentées pour leurs dons de divinatrices, élargissant ainsi l'attente de la Rédemption du peuple élu à toute l'humanité.
1 Le Prophète Zacharie
Le prophète est représenté sur le mur d'entrée, de profil, sous les traits d'un vieil homme barbu plongé dans sa lecture. Zacharie a vécu vers 500 avant J.-C. et s'est attaché à soutenir par la parole de Dieu les Israélites rentrés à Jérusalem après l'exil de Babylone. Les Israélites étaient déçus de l'absence de signes de bénédiction divine après les fatigues qu'ils avaient dû endurer. La première partie du livre décrit huit visions qui préfigurent la venue du Messie et par lesquelles le prophète tente de redonner courage aux esprits abattus de son peuple. Aux chapitres suivants, le prophète promet l'arrivée du jour de la récompense et de la restauration future d'Israël, qui sera précédée de guerres et calamités car ils n'ont pas reconnu le Messie. Les paroles de Zacharie annonçant le Messie sont reportées dans l'Evangile selon Saint Matthieu, démontrant la venue messianique du Christ.
Zacharie siège dans une niche spacieuse. Sa silhouette projette des ombres très contrastées sur le mur. Il lit un livre. Les génies qui se trouvent derrière lui font de même, ce qui renforce l’impression d’une intense étude. Comme Zacharie avait prédit l’entrée du Christ dans Jérusalem, son effigie placée du côté de la porte fait aussi allusion à l’entrée du pape le dimanche des rameaux.
2 le prophète Joël
Le livre de Joël, un livre prophétique du vieux testament de la bible, dérive son nom du prophète Joël. Rien autre que son nom n'est connu au sujet du prophète. La date de composition était probablement entre 400 et 350 avant Jésus Christ, bien que quelques disciples le placent beaucoup plus tôt (9ème - 7ème siècle avant Jésus Christ). Le livre tombe dans deux sections. Le premier donne un exposé d'une peste des sauterelles et d'une période de sécheresse qui ravagea Juda comme symbole de jugement divin. Le deuxième promet le cadeau de l'esprit du seigneur à la population entière et déclare le jugement final sur toutes les nations, avec la protection et la fertilité pour Juda et Jérusalem.
De la main de Michel Ange, Joël apparaît d’une grande sagesse. En effet il semble captivé par sa lecture, un morceau de parchemin. On peut ajouter que cet intérêt intellectuel est accentué par son stoïcisme, son impassibilité face aux deux jeunes garçons, nommés les génies, se trouvant derrière lui et paraissant être en conflit. A la gauche de Joël, le génie portant un ouvrage montre du doigts son compagnon qui lui adresse, en conséquence, une moue dubitative. Enfin, la sagesse de ce prophète est symbolisée par sa vieillesse et par la posture de son corps désignant la simplicité et la décence.
3 la sibylle d’Erythrée
Elle aurait vécu 190 ans. Elle se serait ultérieurement installée à Cumes, en Campanie pour y apporter des recueils d’oracles (les oracles sibyllins).
Erythrée est la seule sibylle représentée sans un voile voyant sur la tête ce qui peut montrer soit qu’elle est marginale par rapport aux autres sibylles soit que Michel Ange a voulu insisté sur ce détail afin de nous montrer sa beauté naturelle et son attachement à cette sibylle. Cette singularité peut être assimiler à la position des jambes d’Erythrée. En effet, cette dernière place sa jambe droite au-dessus de son autre jambe. Ces deux détails montrent sa simplicité et son naturel. On remarque que son attention est dirigée vers l’ouvrage qu’elle étudie. Concernant son apparence physique, la sibylle d’Erythrée à la peau clair. Ainsi on peut s’imaginer qu’elle est d’une extrême douceur.
4 Le prophète Ezéchiel
< La trentième année, au quatrième mois, le cinq du mois, … le ciel s'ouvrit et je fus témoin de visions divines... Je regardai : c'était un vent de tempête soufflant du nord, un gros nuage, un feu jaillissant, avec une lueur autour, et au centre comme l'éclat du vermeil au milieu du feu. Au centre, je discernai quelque chose qui ressemblait à quatre animaux dont voici l'aspect : ils avaient une forme humaine. Ils avaient chacun quatre faces et chacun quatre ailes ... Au-dessus de la voûte qui était sur leurs têtes, il y avait quelque chose qui avait l'aspect d'une pierre de saphir en forme de trône, et sur cette forme de trône, dessus, tout en haut, un être ayant apparence humaine … je vis quelque chose comme du feu et une lueur tout autour ; l'aspect de cette lueur, tout autour, était comme l'aspect de l'arc qui apparaît dans les nuages, les jours de pluie. C'était quelque chose qui ressemblait à la gloire de Yahvé. Je regardai, et je tombai la face contre terre ; et j'entendis la voix de quelqu'un qui me parlait. Il me dit : "Fils d'homme, tiens-toi debout, je vais te parler." L'esprit entra en moi comme il m'avait été dit, il me fit tenir debout et j'entendis celui qui me parlait.>
Ezéchiel est représenté sous les traits d’un vieil homme, l’air affligé. Il tient dans sa main gauche un parchemin et sa main droite est entre-ouverte. Il regarde les génies qui se trouvent derrière lui et semble perturbé mais intéressé par ce qu’ils racontent. En effet on observe que l’un des génies lève le doigt vers les ignudi, qui se situent au-dessus sur les pilastres, et que Ezéchiel, en conséquence, regarde vers la même direction. On peut supposer qu’il puisse également observer l’une des histoires centrales de la voûte, celle de l’expulsion d’Adam et Eve du Paradis. Cette dernière idée est plus probable.
Il fut le premier prophète d'Israël envoyé hors de son pays. Il fut en effet déporté en exil à Babylone (environ 593 av. J.-C.) où il tenta de rappeler les Israélites à leur responsabilité morale vis-à-vis de la déportation en Mésopotamie et de la destruction de Jérusalem, causée par l'infidélité à leur alliance avec Dieu. Le livre des prophéties d'Ezéchiel peut être divisé en trois parties : la première, la dénonciation des péchés du peuple élu qui porteront à l'inévitable châtiment de Dieu, arrivant à son comble dans la chute de Jérusalem. La deuxième partie est l'annonce de la ruine des peuples idolâtres. Dans les derniers chapitres le prophète reçoit de Dieu la mission de rappeler le peuple israélite à la conversion de ses péchés et d'annoncer son avenir par la vision d'une nouvelle Jérusalem, la fondation d'un nouveau culte et d'une nouvelle terre sous le guide d'un nouveau pasteur, David.
5 la sibylle de Perse
On possède peu d’informations sur elle. Soi-disant, la sibylle d’Erythrée est la sibylle d’Afrique. Cela pourrait expliquer la présence de deux enfants noirs derrière elle mais cette idée peut être erronée à cause de la détérioration de la peinture. Cependant cet argument est accentué du fait que le visage de la sibylle est caché. De plus, aucune partie de son corps n’est dévoilée dans la mesure où elle porte une toge qui ne laisse pas apercevoir sa peau. En effet celle-ci tourne la tête en direction des enfants. Elle semble absorber par la lecture de son livre à ces derniers. Cela indique qu’elle est très affable, compréhensive et ouverte. Michel Ange crée une sibylle qui semble très humaine et sensible à l’amélioration de cette humanité, par l’intermédiaire de l’instruction.
6 le prophète Jérémie (prophète Yirméyahou)
En -627, Jérémie arrive 3 siècles après l'empire du Roi Salomon (-965-928).
Depuis, le peuple juif s'est divisé en deux royaumes rivaux:
- celui de Yéhouda autour de Jérusalem et qui a vu 17 rois ou régents se succéder jusqu'au roi Josias contemporain de Jérémie; ils ont souvent péri tragiquement.
- celui d'Israël au Nord, qui en a vu 19 se plaçant souvent en vassaux de la puissante Assyrie pour réduire la puissance de Jérusalem.
L'Egypte s'est émancipée elle-même et tente en vain de sauver Ninive et de l'accaparer, mais elle doit se replier tout en devenant une grande puissance militaire, culturelle et économique au Sud.
Le petit pays d'Israël ne pèse pas lourd au milieu, n'est qu'un lieu de passage, d'affrontement, un prétexte, un champ de bataille entre ces puissants.
Le Pharaon égyptien organise alors des coalitions dans la région pour régler les comptes contre les petites empires obstinés de l'Est qui restent une menace militaire pour l'avenir. Il franchit sa frontière où Yochiyahou (Josias) le roi de Yéhouda prétend en vain lui barrer le passage. C'est la bataille et l'échec de Méguido (ville en bordure de la plaine d'Esdrelon près du mont Carmel).
Yirméyahou voit les erreurs de son peuple. Il s'agit de retrouver la raison de sa propre identité, d'abandonner toute corruption sociale jusque dans la vie religieuse, de mettre Jérusalem à sa vraie place de sanctuaire. Ainsi Jérémie apparaît comme un leader spirituel. Mais sa douleur augmentait car le peuple ne bougeait pas. Yirméyahou était en larmes devant l’indifférence. Il avait dénoncé l’entreprise du roi Josias qui ne pratiquait pas la morale de la Torah. Le peuple voulait le tuer pour son rappel à l'ordre vital, moral, de justice sociale et de droiture religieuse pendant le règne de Yéhoyaqim (Joachim), le fils de Josias. D'autres prophètes sont simplement tués comme avertissement de se taire.
Le prophète Jérémie est représenté sous les traits d’un vieillard qui semble préoccupé par la vie et qui est lasse de celle-ci. En effet cette lassitude se remarque par la position accablée de son corps, par son bras gauche inerte sur sa jambe et par la forme délabrée de son visage. Michel Ange le représenta également avec une longue barbe pour accentuer cet état d’accablement et d’épuisement. L’orientation de son corps et l’aspect de ses vêtements le tire vers le bas. Ainsi Jérémie semble supporter un poids trop lourd sur ses épaules. On a l’impression qu’il supporte toute la misère du monde. On peut ajouter qu’aucun génie ne perturbe le prophète. Il est seul, isolé avec son fardeau.
7 le prophète Jonas
Jonas apparaît au-dessus de l’autel tel une imposante préfiguration du Christ. Comparé à Zacharie, le vieillard, il semble gigantesque et se détache de l’architecture qui l’entoure. Ses jambes nus se balancent librement au-dessus de la voûte. L’arbre sous lequel le prophète était allongé quand il parla à Dieu y trouve place tout comme l’énorme baleine qui l’avala. L’expression du doute et de la rébellion contre l’ordre divin est admirablement mise en scène au moyen de la rotation du personnage. En effet la tête et le regard de Jonas sont orientés vers une des histoires centrales qui se trouve au-dessus de lui. Il s’agit de Dieu séparant la lumière des ténèbres.
Le prophète Jonas est appelé par Dieu à aller à Ninive, pour y annoncer le jugement de Dieu. Il s'enfuit pour désobéir à Dieu, pour revenir ensuite. La ville sera sauvée par le message de Jonas, car elle se repentira .Entre temps, Jonas s'enfuit à Tarsis, loin de la face de l'Éternel. Il descendit à Japho, et il trouva un navire qui allait à Tarsis ; il paya le prix du transport, et s'embarqua pour aller avec les passagers à Tarsis, loin de la face de l'Éternel. Mais l'Éternel fit souffler sur la mer un vent impétueux, et il s'éleva sur la mer une grande tempête. Le navire menaçait de faire naufrage. Les marins prirent Jonas, et le jetèrent dans la mer. Et la fureur de la mer s'apaisa. L'Éternel fit venir un grand poisson pour engloutir Jonas, et Jonas fut dans le ventre du poisson trois jours et trois nuits.
8 Sibylle de Libye
La Sibylle, dans un mouvement de torsion, pose ou prend le livre qui est derrière elle. Vu qu'il s'agit de la Voyante la plus proche de l'autel, ce geste fut interprété par une partie de la critique comme l'acte de déposer le livre des prophéties à l'approche de la venue du Messie. En effet, la liberté que Michel Ange prend avec les motifs qu’il élabore autour d’études pour les sibylles et les prophètes est particulièrement évidente dans la Lybica. Effectuant une rotation fascinante du point de vue plastique, elle se tourne en se levant de son siège et pose son livre de côté. Dans ce mouvement de torsion, la sibylle plie sa jambe gauche tout en maintenant sa jambe droite dans la position assise prises par toutes les sibylles et tous les prophètes représentés. On remarque que l’orteil de son pieds gauche est, tout comme sa jambe gauche, plié tandis que ses autres doigts de pieds restent droits. De plus, afin de poser le livre, la sibylle arque ses bras et ses doigts, qui sont recourbés sur l’ouvrage. Ainsi cela crée une impression de fluidité dans la mesure où si l’on part de ses mains jusqu’à ses pieds, on remarque que l’on parcourt plusieurs courbes d’une régularité parfaite. D’ailleurs cette régularité se symbolise également par la tunique de la sibylle. En effet on note que le pli de sa robe forme une courbe. Ainsi la sibylle de Libye paraît esthétiquement parfaite. On aperçoit, à travers sa tunique, l’implication de Michel Ange à peindre minutieusement les formes accomplies de la musculature et de l’ossature de cette sibylle. Ces formes se remarque plus aisément grâce au dos nu de la prophétesse, ainsi que par la vue de ses bras. On peut ajouter que la liberté de Michel Ange se note aussi par la sensualité, produit par les formes de la sibylle sous la fluidité de ses vêtements et par l’ouverture de sa tunique qui se prolonge jusque ses cuisses. Michel Ange travailla également minutieusement la coiffure de la sibylle. En effet, celle-ci porte une sorte de voile qui laisse entrevoir ses cheveux tressés. Son visage reflète la magnificence de son apparence. La pureté et l’innocence s’y libèrent. Ses yeux sont entre-ouverts. Ainsi on a l’impression qu’elle regarde les génies qui se trouvent à côté d’elle. L’un d’eux tient un parchemin et montre du doigts le livre que dépose la sibylle de Libye.
9 le prophète Daniel
Très tôt, les problèmes statiques que posaient le bâtiment ainsi que l’humidité ont soumis les fresques du plafond à rude épreuve ; certaines parties s’effondrèrent lors de l’explosion de la poudrière du château des anges au XVIIIe siècle. Le personnage de ce Daniel absorbé dans sa méditation ne retrouvera pas entièrement la fraîcheur de ses couleurs d’origine après la restauration entamée en 1986 ; l’incarnat est resté trop sombre. Pourtant, la différence d’effet plastique due à l’utilisation de plusieurs pigments entre le bras gauche et le bras droit en retrait mais peint avec des couleurs plus homogènes, se remarque encore très bien.
Daniel est assis, un livre sur les cuisses soutenu par un génie. Son bras gauche est mis en avant afin de soutenir l’ouvrage qu’il étudie. Son bras et sa main sont esthétiquement magnifique dans la mesure où les métacarpiens sont peints avec une minutieuse précision.
Nebucadnetsar, roi de Babylone, assiège Jérusalem. Trois déportations successives emmèneront l'élite de Juda à Babylone. Lors de la première étape de la conquête babylonienne, un cortège de 10 000 captifs accompagne le roi vainqueur, qui ordonne alors à son chef des eunuques de choisir quelques ressortissants de race royale et de familles nobles; ils devront servir dans son palais, après avoir été enseignés selon les lettres et la langue des Chaldéens. C'est ainsi que Daniel est contraint à quitter foyer et patrie pour s'initier à la science et à la culture des Chaldéens. Daniel et ses compagnons sont donc les innocentes victimes de bouleversements internationaux. Les voici exilés, livrés aux caprices d'un dictateur qui fait trembler le monde, écartés définitivement de la cour royale de Juda, plongés dans une situation peu enviable, à des centaines de kilomètres de leur ville natale. Les connaissances qu'ils doivent acquérir sont contraires aux aspirations de leur cœur ; ils sont astreints à une religion totalement différente de la leur. Daniel ne put empêcher la déportation, mais il pouvait, par sa fidé