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Chuck Norris Power

Chuck Norris a déjà compté jusqu'à l'infini. Deux fois.

Chuck Norris peut gagner une partie de puissance 4 en trois coups.

Dieu a dit: que la lumiere soit! et Chuck Norris répondit : On dit s'il vous plait.

Chuck Norris est la raison pour laquelle Charlie se cache.

Le calendrier de Chuck Norris passe du 31 mars au 2 avril. Personne ne fait de blague à Chuck.

Si "Denver" est le dernier des dinosaures, c'est que Chuck Norris l'a trouvé plus sympathique que les autres.

    Allez voir sur: http://chucknorrisfacts.fr/index.php
Pas d'annonce, juste un poème qui en résume cent...
 


SOLITUDE, de Jean Campion

À l'heure où l'ombre du mystère
Étends son lourd manteau d'ennui,
Rêvant à l'aube salutaire,
J'accepte le froid de la nuit !

Crois-tu pouvoir réduire en cendres
Mes pauvres souvenirs passés ?
Pour moi, je ne puis me déprendre
De tant de rêves amassés.

Prêtresse de ma solitude,
Puisque me voici désarmé,
Tu peux, en ta sollicitude
Me consacrer au mal d'aimer !

On dit qu'au creuset du silence
Se forge l'espoir du retour…
Peux-tu me donner cette chance
D'ébaucher des rêves d'amour ?...

Déjà, là-bas, perçant la brume,
L'aurore de ses traits dorés
Poursuit la nuit qui se consume :
Pour moi, c'est l'heure d'espérer !
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Je me délasse et ne me lasse de ce lascard-là....

Pour briser le cycle interminable de ses poèmes ébouriffants de résistance passionnée, je choisis quelques extraits d'Aurélien et marque une nouvelle ère dans le partage d'Aragon avec vous...

Commencer par le commencement...rien de plus banal. Pourtant, face à l'évidence d'une répulsion dès les premières lignes de l'oeuvre on en vient à douter de l'aboutissement de cette idylle...comme quoi, il faut toujours se méfier des apparences...

" La première fois qu’Aurélien vit Bérénice, il la trouva franchement laide. Elle lui déplut, enfin. Il n’aima pas comment elle était habillée. Une étoffe qu’il n’aurait pas choisie. Il avait des idées sur les étoffes. Une étoffe qu’il avait vue sur plusieurs femmes. Cela lui fit mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d’Orient sans avoir l’air de se considérer dans l’obligation d’avoir du goût. "

...Car si "l'amour est aveugle", celui d'Aurélien respecte l'adage. L'opinion laisse place au bonheur d'une inclination partagée...inclination qui renverse, qui chamboule, qui transforme...le monde change du tout au tout...

" Il lui semblait que rien au monde n’existât hors cette certitude : Bérénice l’aimait. Il en éprouvait un engourdissement bizarre, et non point la joie qu’il aurait cru. Comme s’il avait, par cette certitude, atteint à la possession du monde, à la découverte dernière, au-delà de laquelle il n’y avait que le néant… Que Bérénice l’aimât, de le savoir, de ne plus en douter, n’ouvrait pas la porte des rêves, n’engageait aucunement Aurélien à imaginer la suite de cette aventure. L’amour de Bérénice n’était pas une aventure, mais un état ".

 

...Quand tout échappe alors au héros meurtri et que les sentiments cèdent, le style se fait hésitant, tatonnant... à force de se croire aveugle d'amour, Aurélien a réellement perdu la vue et il erre...sans rien de plus que des souvenirs qu'il tente d'annihiler dans l'oubli... Mais Aurélien n'est rien sans Bérénice, et le roman s'achève sur la perte d'une identité...

Il savait de certitude Bérénice à jamais perdue… Que se passait-il dans cette femme muette? Il se dit que leur histoire, cet échec si complet de l’amour, ce démenti de la vie à l’amour, et aussi cette illusion de l’amour, incompréhensible, renaissant de 18 années d’oubli progressif. Progressif, mais d’oubli. Il se disait ...Il se disait : toute la vie… toute sa vie… absurdement attendri sur lui-même… ".

 

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N'ayez crainte, ce n'est pas un de ces articles larmoyants au possible sur ma vie, que j'ai tendance à rendre sombre et terne ces derniers temps...ce n'est qu'un coup de foudre littéraire, la beauté d'un texte qui m'a chamboulé dès la première page...

 

BONJOUR TRISTESSE

                                   de François Sagan

voilà les mots qui ont attiré mes pupilles profanes:

"Sur ce sentiment inconnu dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à donner le nom, le beau nom grave de tristesse. C'est un sentiment si complet, si égoiste que j'en ai presque honte alors que la tristesse m'a toujours paru honorable. Je ne la connaissais pas , elle, mais l'ennui, le regret, plus rarement le remords. Aujourd'hui, quelque chose se replie sur moi, comme une soie, énervante et douce et me sépare des autres"

Et je ne saurais témoigner de l'ampleur de cette oeuvre par d'autres extraits, bouleversants séparément et d'une ampleur troublante lorsqu'ils sont assemblés...aussi, j'aimerais vous convaincre de saisir l'ouvrage entièrement et de le faire votre comme il a été mien pendant ces 2h30 de surveillance intensive... mais, sachant que la paresse se substitue souvent à l'amour de la lecture je vous offre d'autres perles de poésie et de vérité...

« Le lendemain matin, je fus réveillée par un rayon de soleil oblique et chaud, qui inonda mon lit et mit fin aux rêves étranges et un peu confus où je me débattais. Dans un demi-sommeil, j’essayai d’écarter de mon visage, avec la main, cette chaleur insistante, puis y renonçai. Il était dix heures. Je descendis en pyjama sur la terrasse et y retrouvai Anne, qui feuilletait des journaux. Je remarquai qu’elle était légèrement, parfaitement maquillée. Elle ne devait jamais s’accorder de vraies vacances. Comme elle ne me prêtait pas attention, je m’installai tranquillement sur une marche avec une tasse de café et une orange et entamai les délices du matin : je mordais l’orange, un jus sucré giclait dans ma bouche ; une gorgée de café noir brûlant, aussitôt, et à nouveau la fraîcheur du fruit. Le soleil du matin me chauffait les cheveux, déplissait sur ma peau les marques du drap. Dans cinq minutes, j’irais me baigner. »

 

 Et pour finir, j'ose anéantir le mystère du titre:

« Seulement quand je suis dans mon lit, à l’aube, avec le seul bruit des voitures dans Paris, ma mémoire parfois me trahit : l’été revient et tous ses souvenirs. Anne, Anne ! Je répète ce nom très bas et très longtemps dans le noir. Quelque chose monte alors en moi que j’accueille par son nom, les yeux fermés : Bonjour Tristesse. »

 


Les amoureux de la poésie auront reconnu la référence à Eluard, pour les autres, je ne tolérerai cette lacune....

 

 

Adieu tristesse

Bonjour tristesse

tu es inscrite dans les lignes du plafond

Tu es inscrite dans les yeux que j'aime

Tu n'es pas tout à fait la misère

Car les lèvres les plus pauvres te dénoncent

Par un sourire

Bonjour tristesse

Amour des corps aimables

Puissance de l'amour dont l'amabilité surgit

Comme un monstre sans corps

Tête désappointée

Tristesse beau visage

 

                       in La vie immédiate, 1935

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Que serais-je sans lui?


Parti-pris
Je danse au milieu des miracles
Mille soleils peints sur le sol
Mille amis Mille yeux ou monocles
m'illuminent de leurs regards
Pleurs du pétrole sur la route
Sang perdu depuis les hangars
Je saute ainsi d'un jour a` l'autre
rond polychrome et plus joli
qu'un paillasson de tir ou l'âtre
quand la flamme est couleur du vent
Vie ô paisible automobile
et le joyeux péril de courir au devant
Je brûlerai du feu des phares.
Aragon (Feu de Joie)
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Encore un poème que je rêverais de glisser dans la poche de l'être aimé...

 Les mains d'Elsa

Donne-moi tes mains pour l'inquiétude
Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé
Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi te mains que je sois sauvé

Lorsque je les prends à mon pauvre piège
De paume et de peur de hâte et d'émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fond de partout dans mes main à moi

Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Ce qui me bouleverse et qui m'envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j'ai trahi quand j'ai tresailli

Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots

Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D'une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d'inconnu

Donne-moi tes mains que mon coeur s'y forme
S'y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.

 

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Chose promise, chose due.....voilà, pour le plus grand plaisir de Tatiana, un autre chef d'oeuvre de mon très cher poète....

Plainte pour le quatrième centenaire d'un amour

L'amour survit aux revers de nos armes
Linceul d'amour à minuit se découd
Les diamants naissent au fond des larmes
L'avril encore éclaire l'époque où
S'étend sur nous cette ombre aux pieds d'argile
Jeunesse peut rêver la corde au cou
Elle oublia Charles-Quint pour Virgile
Les temps troublés se ressemblent beaucoup
Abandonnant le casque et la cantine
Ces jeunes gens qui n'ont jamais souri
L'esprit jaloux des paroles latines
Qu'ont-ils appris qu'ils n'auront désappris
Ces deux enfants dans les buissons de France
Ressemblent l'Ange et la Vierge Marie
Il sait par cœur Tite-Live et Térence
Quand elle chante on dirait qu'elle prie
Je l'imagine Elle a les yeux noisette
Je les aurai pour moi bleus préférés
Mais ses cheveux sont roux comme vous êtes
O mes cheveux adorés et dorés
Je vois la Saône et le Rhône s'éprendre
Elle de lui comme eux deux séparés
Il la regarde et le soleil descendre
Elle a seize ans et n'a jamais pleuré
Les bras puissants de ces eaux qui se mêlent
C'est cet amour qu'ils ne connaissent pas
Qu'ils rêvaient tous deux Olivier comme Elle
Lui qu'un faux amour à Cahors trompa
Vêtu de noir comme aux temps d'aventure
Les paladins fiancés aux trépas
Ceux qui portaient à la table d'Arthur
Le deuil d'aimer sans refermer leurs bras
Quel étrange nom la Belle Cordière
Sa bouche est rouge et son corps enfantin
Elle était blanche ainsi que le matin
Lyon Lyon n'écoute pas la Saône
Trop de noyés sont assis au festin
Ah que ces eaux sont boueuses et jaunes
Comment pourrais-je y lire mon destin
Je chanterai cet amour de Loyse
Qui fut soldat comme Jeanne à seize ans
Dans ce décor qu'un regard dépayse
Qui défera ses cheveux alezan
Elle avait peur que la nuit fût trop claire
Elle avait peur que le vin fût grisant
Elle avait peur surtout de lui déplaire
Sur la colline où fuyaient les faisans
N'aimes tu pas le velours des mensonges
Il est des fleurs que l'on appelle pensées
J'en ai cueilli qui poussaient dans mes songes
J'en ai pour toi des couronnes tressé
Ils sont entrés dans la chapelle peinte
Et sacrilège il allait l'embrasser
La foudre éclate et brûle aux yeux la sainte
Le toit se fend les murs sont renversés
Ce coup du ciel à jamais les sépare
Rien ne refleurira ces murs noircis
Et dans nos cœurs percés de part en part
Qui sarclera les fleurs de la merci
Ces fleurs couleurs de Saône au cœur de l'homme
Ce sont les fleurs qu'on appelle soucis
Olivier de Magny se rend à Rome
Et Loyse Labé demeure ici
Quatre cents ans les amants attendirent
Comme pêcheurs à prendre le poisson
Quatre cents ans et je reviens leur dire
Rien n'est changé ni nos cœurs ne le sont
C'est toujours l'ombre et toujours la mal'heure
Sur les chemins déserts où nous passons
France et l'Amour les mêmes larmes pleurent
Rien ne finit jamais par des chansons.
 
LOUIS ARAGON
 
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Après être passée sur le blog de Tatiana, qui considère que peu de poèmes d'Aragon appellent les larmes, j'ai pris une bonne résolution.....vous bombarder d'Aragon toutes les semaines....si vous arrivez à résister à l'assaut, c'est que vous êtes totalement insensibles, ou que vous ne savez pas lire entre les lignes...

 

                                              Le vieil homme

 

Moi qui n'ai jamais pu me faire à mon visage

Que m'importe traîner dans la clarté des cieux

Les coutures les traits et les taches de l'âge

 

Mais lire les journaux demande d'autres yeux

Comment courir avec ce cœur qui bat trop vite

Que s'est-il donc passé La vie et je suis vieux

 

Tout pèse L'ombre augmente aux gestes qu'elle imite

Le monde extérieur se fait plus exigeant

Chaque jour autrement je connais mes limites

 

Je me sens étranger toujours parmi les gens

J'entends mal je perds intérêt à tant de choses

Le jour n'a plus pour moi ses doux effets changeants

 

Le printemps qui revient est sans métamorphoses

Il ne m'apporte plus la lourdeur des lilas

Je crois me souvenir lorsque je sens les roses

 

Je ne tiens plus jamais jamais entre mes bras

La mer qui se ruait et me roulait d'écume

Jusqu'à ce qu'à la fin tous les deux fussions las

 

Voici déjà beau temps que je n'ai plus coutume

De défier la neige et gravir les sommets

Dans l'éblouissement du soleil et des brumes

 

Même comme autrefois je ne puis plus jamais

Partir dans les chemins devant moi pour des heures

Sans calculer ce que revenir me permet

 

Revenir

Ces pas-ci vont vers d'autres demeures

Je ne reprendrai pas les sentiers parcourus

Dieu merci le repos de l'homme c'est qu'il meure

 

Et le sillon jamais ne revoit la charrue

On se fait lentement à cette paix profonde

Elle avance vers nous comme l'eau d'une crue

 

Elle monte elle monte en vous elle féconde

Chaque minute. Elle fait à tout ce lointain

Amer et merveilleux comme la fin du monde

 

Et de la sentir proche et plus frais qu'au matin

Avant l'épanouissement de la lumière

Le parfum de l'étoile en dernier qui s'éteint

 

Quand ce qui fut malheur ou bonheur ce nomme hier

Pourtant l'étoile brille encore et le cœur bat

Pourtant quand je croyais cette fièvre première

 

Apaisée à la fin comme un vent qui tomba

Quand je croyais le trouble aboli le vertige

Oublié l'air ancien balbutié trop bas

 

Que l'écho le répète au loin

Voyons que dis-je

Déjà je perds le fil ténu de ma pensée

Insensible déjà seul et sourd aux prodiges

 

Quand je croyais le seuil de l'ombre outrepassé

Le frisson d'autrefois revient dans mon absence

Et comme d'une main mon front est caressé

 

Le jour au plus profond de moi reprend naissance

 

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...juste un message....

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O peuple hypokhâgneux assidu du cours de Mr Ke., je me charge de corriger une bévue incroyable, un oubli impardonnable! Bien sûr il n 'est pas possible de lire les pièces dans leur intégralité mais les extraits mythiques d'oeuvres aussi grandioses que Cyrano de Bergerac de Rostand ne doivent pas échapper à l'élite intellectuelle de la nation!!! (c'est de l'humour pour ceux qui ne sont pas habitués!).
Alors voilà, dans ma grande mansuétude, je pense à vous et un peu à moi....une "tirade des nez" pour remonter le moral de mes amis et collègues et pour rendre cette semaine horrible un peu plus poétique! 

Le Vicomte tente de répondre à Cyrano (manque de chance il manque de répartie!)

"vous... vous avez un nez... heu... un nez... très
grand.


Cyrano, gravement.
très.


Le Vicomte, riant.
ha !


Cyrano, imperturbable.
c' est tout ? ...


Le Vicomte
mais...


Cyrano
ah ! Non ! C' est un peu court, jeune homme !
On pouvait dire... oh ! Dieu ! ... bien des choses en
somme...
en variant le ton, -par exemple, tenez :
agressif : " moi, monsieur, si j' avais un tel nez,
il faudrait sur le champ que je me l' amputasse ! "
amical : " mais il doit tremper dans votre tasse :
pour boire, faites-vous fabriquer un hanap ! "
descriptif : " c' est un roc ! ... c' est un pic... c' est
un cap !
Que dis-je, c' est un cap ? ... c' est une péninsule ! "
curieux : " de quoi sert cette oblongue capsule ?

D' écritoire, monsieur, ou de boîte à ciseaux ? "
gracieux : " aimez-vous à ce point les oiseaux
que paternellement vous vous préoccupâtes
de tendre ce perchoir à leurs petites pattes ? "
truculent : " ça, monsieur, lorsque vous pétunez,
la vapeur du tabac vous sort-elle du nez
sans qu' un voisin ne crie au feu de cheminée ? "
prévenant : " gardez-vous, votre tête entraînée
par ce poids, de tomber en avant sur le sol ! "
tendre : " faites-lui faire un petit parasol
de peur que sa couleur au soleil ne se fane ! "
pédant : " l' animal seul, monsieur, qu' Aristophane
appelle hippocampelephantocamélos
dut avoir sous le front tant de chair sur tant d' os ! "
cavalier : " quoi, l' ami, ce croc est à la mode ?
Pour pendre son chapeau c' est vraiment très commode ! "

emphatique : " aucun vent ne peut, nez magistral,
t' enrhumer tout entier, excepté le mistral ! "
dramatique : " c' est la Mer Rouge quand il saigne ! "
admiratif : " pour un parfumeur, quelle enseigne ! "
lyrique : " est-ce une conque, êtes-vous un triton ? "
naïf : " ce monument, quand le visite-t-on ? "
respectueux : " souffrez, monsieur, qu' on vous salue,
c' est là ce qui s' appelle avoir pignon sur rue ! "
campagnard : " hé, ardé ! C' est-y un nez ? Nanain !
C' est queuqu' navet géant ou ben queuqu' melon nain ! "
militaire : " pointez contre cavalerie ! "
pratique : " voulez-vous le mettre en loterie ?
Assurément, monsieur, ce sera le gros lot ! "
enfin parodiant Pyrame en un sanglot :
" le voilà donc ce nez qui des traits de son maître
a détruit l' harmonie ! Il en rougit, le traître ! "
-voilà ce qu' à peu près, mon cher, vous m' auriez dit
si vous aviez un peu de lettres et d' esprit :
mais d' esprit, ô le plus lamentable des êtres,
vous n' en eûtes jamais un atome, et de lettres
vous n' avez que les trois qui forment le mot : sot !
Eussiez-vous eu, d' ailleurs, l' invention qu' il faut
pour pouvoir là, devant ces nobles galeries,
me servir toutes ces folles plaisanteries,
que vous n' en eussiez pas articulé le quart
de la moitié du commencement d' une, car
je me les sers moi-même, avec assez de verve,
mais je ne permets pas qu' un autre me les serve."

Je l'aime tellement cette pièce que je ne supporterais qu'on ne lui rende pas justice....car aussi célèbre que soit cette tirade des nez, il n'en est pas moins nécessaire d'en parler....


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A ceux qui pensent me connaitre, à ceux qui passent, à ceux qui s'en foutent mais qui ne devraient pas ..... à tous, je vous offre cet extrait du recueil LE FOU D'ELSA, un poème que j'aurais aimé écrire, comme tant d'autres, mais qui heureusement vient du génie d'un homme, engagé dans la vie, et engagé dans l'amour.....

Il y a des choses que je ne dis a Personne Alors
Elles ne font de mal à personne Mais
Le malheur c'est
Que moi
Le malheur le malheur c'est
Que moi ces choses je les sais

Il y a des choses qui me rongent La nuit
Par exemple des choses comme
Comment dire comment des choses comme des songes
Et le malheur c'est que ce ne sont pas du tout des songes

Il y a des choses qui me sont tout à fait
Mais tout à fait insupportables même si

Je n'en dis rien même si je n'en
Dis rien comprenez comprenez moi bien

Alors ça vous parfois ça vous étouffe
Regardez regardez moi bien
Regardez ma bouche
Qui s'ouvre et ferme et ne dit rien

Penser seulement d'autre chose
Songer à voix haute et de moi
Mots sortent de quoi je m'étonne
Qui ne font de mal à personne

Au lieu de quoi j'ai peur de moi
De cette chose en moi qui parle

Je sais bien qu'il ne le faut pas
Mais que voulez-vous que j'y fasse
Ma bouche s'ouvre et l'âme est là
Qui palpite oiseau sur ma lèvre

O tout ce que je ne dis pas
Ce que je ne dis à personne

Le malheur c'est que cela sonne
Et cogne obstinément en moi
Le malheur c'est que c'est en moi
Même si n'en sait rien personne
Non laissez moi non laissez moi
Parfois je me le dis parfois
Il vaut mieux parler que se taire

Et puis je sens se dessécher
Ces mots de moi dans ma salive
C'est là le malheur pas le mien
Le malheur qui nous est commun
Épouvantes des autres hommes
Et qui donc t'eut donné la main
Étant donné ce que nous sommes

Pour peu pour peu que tu l'aies dit
Cela qui ne peut prendre forme
Cela qui t'habite et prend forme
Tout au moins qui est sur le point

Qu'écrase ton poing
Et les gens Que voulez-vous dire
Tu te sens comme tu te sens
Bête en face des gens Qu'étais-je
Qu'étais-je à dire Ah oui peut-être
Qu'il fait beau qu'il va pleuvoir qu'il faut qu'on aille
Où donc Même cela c'est trop
Et je les garde dans les dents
Ces mots de peur qu'ils signifient

Ne me regardez pas dedans
Qu'il fait beau cela vous suffit
Je peux bien dire qu'il fait beau
Même s'il pleut sur mon visage
Croire au soleil quand tombe l'eau
Les mots dans moi meurent si fort
Qui si fortement me meurtrissent
Les mots que je ne forme pas
Est-ce leur mort en moi qui mord

Le malheur c'est savoir de quoi
Je ne parle pas à la fois
Et de quoi cependant je parle

C'est en nous qu'il nous faut nous taire

 

Louis Aragon
(1963)

Maintenant.....CHUT.....réflechissez à ça.....

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