Juste avant de m’avancer vers la salle 313, pour mon ultime khôle de l’année, je repense à tout ce qui a pu se passer depuis l’an dernier, tout ce qui fait qu’aujourd’hui je me sens assez bizarre...
L’an dernier en arrivant, je n’avais rien, personne à qui parler, aucune culture spécifique, aucun intérêt … une table rase. J’avais décidé de faire le vide après mon année de terminale assez chaotique pour commencer une nouvelle vie et là me voilà un an après, avec un amas de connaissances encyclopédiques aussi intéressantes que le nombre de bouchons de moteur produits en 1919 ou les relations quelques peu déplacées du Duce avec ses secrétaires, une montagne d’amis aussi invraisemblablement originaux que l’on douterait de moi si j’en parlais sans retenue, une infinité de souvenirs qui ont forgé mon caractère et avec eux une foule de rires, de pleurs, de cris en tous genres ou de silences gênés ou contemplatifs. Je suis pleine à craquer… à craquer. « J’ai vécu des choses, moi »… et pas seulement en fréquentant des gens saouls sur les ponts, bien que là encore ce soit une image mémorable. J’ai grandi, on a tous grandi, j’ai changé, on a tous changé… et on a poussé nos forces à bout.
Alors voilà, après deux ans de prépa, je fais le bilan. Tout n’est pas positif, ça a durement commencé, c’est devenu de mieux en mieux et puis il y a eu des dérapages à la fin… c’est notre histoire et on suit le schéma si bien enseigné par le professeur de philosophie. Un peuple apporte quelque chose au grand dessein de l’Esprit humain et il s’affaisse, il laisse sa place aux autres qui reprendront l’héritage et y apporteront à leur tour leur petite touche personnelle. Et nous, on en aura amené des trucs sympas, des traditions loufoques, des éléments épicés… on est des bons, nous ! Les Grecs de la civilisation khâgneuse, les Romains de l’orgie moderne, les Egyptiens de l’évolution du café à la bouilloire, les Révolutionnaires de la pratique latine…. Bref… des vrais warriors ! Va falloir assurer après nous, je vous le dis !
Et puis on était une bonne équipe, les profs nous aimaient bien et nous embêtaient pas trop, on avait la télé et on avait des idées, des idées tordues, certes, mais des idées nouvelles. On avait du travail, c’est sûr, mais ça passait bien quand on le faisait à plusieurs. Et on avait un art particulier, celui de la boucherie, celui que tous nous envieraient s’ils comprenaient l’intérêt de faire des blagues salaces en latin ou d’écouter Didier Super quand il dit qu’il faut brûler les enfants… un autre monde, je vous dis, tous des barbares, mais des gentils barbares, des barbares que j’aime bien, moi, mais qu’il faut laisser un jour pour que les autres en profitent.
Alors, en grande altruiste, je passe le flambeau aux bizuths, puissent-ils veiller sur la flamme classique mieux que les français sur la flamme olympique !
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