Le secret de la production littéraire est d'avoir des malheurs....."les gens heureux n'ont pas d'histoire"...alors je m'en crée avec une exquise pesanteur....je fais un tout de rien, j'exagère, j'"hyperbole"....je m'attache à ces regards déviés, à ces absences, à ces indifférences, qui dans d'autres conditions m'auraient rendue moins amère, pour le seul plaisir de les placer dans des phrases pseudo-lyriques....ironie du sort, je n'y parviens pas.
Tout ce travail fourni pour avoir l'air affectée, cette auto-persuasion de mon mal-être constant, ne mène qu'à l'échec.... et bien le voilà mon malheur! EUREKA! je vais écrire sur mon incapacité à écrire....n'est-ce pas une idée délectable?....
Alors, faisant de la page blanche une page noircie de mes caprices enfantins, je retrouve l'espoir d'une quelconque aptitude.... et dire que des poètes se tueraient s'ils n'avaient rien à dire... moi je m'enfonce dans mon incompétence, je m'y cramponne comme à une bouée dans un lac où j'ai pied....stupide!
S'appitoyer....tel est le vice et le pouvoir d'un esprit pensif et déjanté comme le mien... j'aimerais savoir me plaindre et provoquer le mécontentement.... mais je suis "gentille"....pfff.....comment écrire là-dessus? Les catins ont de quoi produire nombre de ces romans somptueusement libertins, les ivrognes délirent sur leurs dépendances indues, les crétins n'écrivent pas et ne veulent pas écrire....mais moi j'y tiens!
Je m'acharne! Ma faille! Mon supplice! Mon extase de Sainte Thérèse! Ma crédulité!
Il faut trouver LE mot, le Joli mot, qui comblera les traits de mes rides impalpables et me condamnera à vieillir... j'aimerais vieillir, pour n'être plus bécasse, pour être enfin adulte, pour que ces pauvres crises post-pubères se dégagent de mon coeur décharné. "Epave!".... comme j'aimerais que l'on m'appelle ainsi! Mais je suis un "boulet", et je m'éteins en taule plutôt que dans l'abîme.
QU'ON M'OUBLIE! QU'ON M'IGNORE!.................NON............qu'on m'aime.... s'il est possible d'aimer comme j'aimerais l'être. Je m'avance timidement vers ce lit de bagne, je prends ce livre de poésie française et je lis Corbière.... je préfère m'exclure plutôt que d'être abandonnée.....pourtant au final rien ne change, je suis seule et je pleure.
Mes camarades doivent être en Espagnol.....il est tôt pour dormir....il est tard pour espérer.....
Mais la sonnerie retentit et je me pare d'un nouveau sourire, ou d'un détachement si le sourire me fuis. J'attends. Je sais qu'ils viendront. Cette évidence chasse ma peine. J'ai des amis.
Maeva toque à ma porte et entre dans ma chambre. Elle déguste une madeleine et me remonte le moral en étant juste là, en me montrant que j'existe par cette habitude gustative. Plus tard, en salle informatique, Lucie s'inquiète et m'écoute, ou me lis. Je serais écrivaine pour au moins une lectrice. Baptiste et Marine m'aideront ensuite à dire du mal, à faire de ces métaphores qui me font croire pour un temps que je ne suis peut-être pas ce qu'il y a de pire, que le problème ne vient peut-être pas de moi. "Appartement témoin".... "Tire-fesse"..... tout passe, même le physique, dans notre bassesse d'esprit. Des courses. Une salle TV. Un homme politique qui me dérange et des blagues. Je saisis mon téléphone et j'envoie un message infâme. Je veux qu'il me déteste. C'est le seul moyen pour m'en vouloir un peu, puisque je ne sais pas lui en vouloir à lui. C'est la seule manoeuvre pour que l'année prochaine je ne souffre pas d'une amitié gâchée. "L'amour vache"... pas d'autre définition pour cette relation complexe et frustrante qui parfois me laisse face à un mur. Je hais ces affections à sens unique. Mais en remontant chez Yannick, je sais qu'il existe au moins une amitié partagée. Ces yeux interrogateurs cherchent à lire dans mes pensées funestes. Rien que cet effort rappelle mes sourires.
Je dormirais bien cette nuit.











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