Un jour, ma mère m’a dit que l’amitié fille-garçon ne marchait pas, qu’il y avait toujours un hic,
que c’était pas fait pour coller. Un autre jour, j’ai regardé Quand Harry Rencontre Sally et quand Billy Cristal fait la même réflexion je me dis
que c’est bizarre quand même que et ma mère et Billy Cristal aient tort, ça fait beaucoup. Et je pouvais pas y croire. Moi qui avais des amis garçons je ne voyais pas en quoi il y avait
incohérence et en quoi il y avait menace. Alors j’ai regardé la suite du film, un peu perplexe et j’ai compris beaucoup de choses. Ils avaient raison, Billy Cristal et ma mère étaient dans le
vrai, ça cloche toujours. Soit la complicité se change en affection qui se change en amour et dans ce cas il n’y a plus d’amitié. Soit il y a un désir a priori qu’on cherche à camoufler et qu’on
feint d’ignorer mais qui remonte toujours à la surface. Soit, et ça c’est le pire des cas, et c’est mon cas, une des deux personnes tombe amoureuse sans que l’autre n’y voit rien et la
non-réciprocité mène au désastre. Qu’en conclure alors ? Est-ce qu’il n’y aurait pas une échappatoire ? Hommes et Femmes sont-ils condamnés à choisir entre la distance et la trop grande
proximité ? Ca semble un peu facile d’aggraver les choses comme ça, et pourtant on serait tenté de croire que ça ne peut pas être autrement.
Et là, survient la réplique qui nous sauve tous. Quand Harry et Sally sont en couple en même temps, Harry déclare que dans ce cas là ça peut marcher et remet sa théorie en cause par cette simple
exception. Après tout c’est logique, si la place est déjà prise alors quel est le risque ? Et lorsqu’ils décident finalement de devenir amis, après encore quelques années d’intervalle qu’on
remarque à leur changement de look, ils sont seuls tous les deux mais ils ont encore dans la tête leurs ex-amours ce qui les poussent à croire que ça peut fonctionner, parce que le souvenir
permanent montre qu’il y a chaise-gardée. Harry aime toujours Hélène, Sally aime toujours Joe et Harry et Sally sont amis. Génial, et après, qu’est-ce qui se passe ?

Eh bah je vais vous le dire, on le devine depuis le début, et même seulement grâce au titre mais on se fait piéger quand même. Je vous le donne en mille : Sally déprime, Harry la console. Le
schéma naturel de l’amitié réconfortante va trop loin et là c’est la boulette parce que l’un et l’autre se rendent compte que depuis le début c’est du grand n’importe quoi ! Ca fout les
boules tout ça, quand même ! Alors les belles théories elles passent à la trappe. Il faut bien le dire, Sally appelle Harry parce qu’elle a une idée derrière la tête et Harry ne se fait pas
prier. Que ce soit impersonnel et proprement charnel semble totalement aberrant. Et d’ailleurs ils le sentent tout de suite. Après avoir avoué que c’était une grosse erreur et ce réciproquement,
ils n’en restent pas là. Ils peuvent pas tout oublier parce que c’est pas comme ça que ça marche, faut pas croire tout ce qu’on dit : faute avouée pas du tout pardonnée ! Bref, ils
arrêtent de se parler jusqu’à ce qu’enfin ils se retrouvent au jour de l’an, lors des douze coups de minuit. La déclaration est sublimissime, comme toujours dans les films romantiques. On peut se
dire que tout baigne alors puisque tout le monde a trouvé l’amour mais non ! Vous êtes pas nets ! C’est un film ! Je vous le dis depuis le début et vous suivez pas ! Dans la
vraie vie, y’a des regrets et une amitié gâchée. Au mieux ils s’en remettent au bout d’un an ou deux, au pire il couche avec toutes les gourdes qu’il trouve et elle finit vieille fille… pas de
quoi rêvasser !
Que dire de tout ça, alors ? Qu’il faut oublier l’amitié avec le sexe opposé ?
Certainement pas ! Mais il faut s’attendre à ne pas respecter des schémas… et à garder certaines limites, si on y arrive, et peut-être qu’un
jour on trouvera dans la vraie vie ce genre de relation non-ambiguë qu’on ne peut espérer pour le moment qu’avec un meilleur ami gay quand on est une fille et une meilleure amie lesbienne quand
on est un homme. Faut y croire un peu, et s’entraîner. Si on se plante tampis, on souffre un bon coup et on remonte en selle, sans mauvais jeu de mots, bien sûr. Et puis même, l’échec ça
fait du bien des fois. Ca nous remet à notre place et ça fait relativiser. Et des amis y’en aura toujours. Et des amis, ça part un jour… pour que d’autres arrivent. C’est triste et joyeux à la
fois. Waouh ! Je viens de comprendre qu’en fait l’amitié c’est toujours ambigu et c’est fait pour l’être. On sait pas à quoi s’attendre, on peut être surpris, déçu, lésé… mais on s’en fout,
c’est pas ce qui compte. Harry et Sally on sait comment ça finit mais ce qui est drôle c’est comment on en arrive là.
Alors, je vous laisse et je vais méditer là-dessus en me mettant dans la tête que ça peut finir bien, pas comme la dernière fois, ou que ça peut ne pas se finir du tout ce qui serait encore mieux. Bienvenus, mes amis.



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